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La Révolution tranquille, de Godbout à Johnson

La Révolution tranquille, de Godbout à Johnson

Quatre gouvernements, quatre phases d’un élan politique progressiste qui marquent l’entrée du Québec dans la modernité. Tour à tour, les gouvernements Godbout, Sauvé, Lesage et Johnson ont mis en place une vaste série de réformes, qui ont permis à l’État québécois de prendre sa place au sein du concert des nations.

À l’aube de la Révolution tranquille, le Québec peine à émerger de la Grande Noirceur. L’incapacité du gouvernement Duplessis, au pouvoir depuis 15 ans, à répondre de façon adéquate aux nombreuses tensions sociales présentes est de plus en plus marqué.

Malgré quelques réalisations notables, dont l’adoption d’un drapeau québécois (1948) et la création d’un rapport d’impôt québécois (1954), le gouvernement de l’Union nationale peine à réagir aux revendications d’une société qui s’urbanise, s’éduque, se laïcise et s’ouvre sur le monde.

La Révolution tranquille arrivera comme une tentative d’assouvir ces nombreuses aspirations sociales. Mais il serait faux de croire qu’elle débute avec l’élection du premier gouvernement Lesage, en 1960. Il faut plutôt remonter à l’élection du gouvernement libéral d’Adélard Godbout, en 1939.

Gouvernement Godbout, en 1939, avec Adélard Godbout, au centre.

Le gouvernement Godbout, en 1939, avec Adélard Godbout, au centre.

Prélude à la révolution 

Rien ne permettait à l’origine de croire que le nouveau gouvernement Godbout ferait mieux que ses prédécesseurs. Écorché par une série de scandales et l’usure du pouvoir, après 39 ans d’un règne sans partage, le gouvernement libéral est défait par l’Union nationale de Maurice Duplessis, en 1936. Les Québécois sont prêts, semble-t-il, à tourner la page des années libérales.

Adélard Godbout, lorsqu'il était ministre de l'Agriculture du Québec, vers 1932.

Adélard Godbout, lorsqu’il était ministre de l’Agriculture du Québec, vers 1932.

Trois ans plus tard, pourtant, les libéraux d’Adélard Godbout reprennent le pouvoir à la faveur d’une campagne menée d’une main de maître par le lieutenant québécois du Parti Libéral du Canada, Ernest Lapointe. Déclencher des élection anticipées, en pleine Seconde Guerre mondiale, est en effet l’une des rares bévues stratégiques du gouvernement Duplessis. Il ne s’y fera plus prendre.

Les mesures sociales progressistes ne se font pas attendre. À l’automne 1943, le gouvernement Godbout dépose un projet de loi pour nationaliser la Montreal, Light, Heat and Power (MLH&P), dont la qualité des services et la tarification sont de plus en plus remis en question. La Commission hydroélectrique de Québec, abrégée en Hydro-Québec, naît un an plus tard (1944).

Les Québécois doivent aussi au gouvernement Godbout le droit de vote aux femmes (1940), l’instauration de l’instruction obligatoire (1943), ainsi que la Loi sur les relations ouvrières (1944), l’ancêtre du code du travail québécois. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

La révolution des 100 jours

Le 7 septembre 1959, Maurice Duplessis, réélu premier ministre du Québec en 1944, décède. Il est enterré trois jours plus tard et celui que l’on considère depuis longtemps comme son dauphin, Paul Sauvé, est désigné nouveau chef de l’Union nationale et, par le fait même, premier ministre. Et le nouveau gouvernement Sauvé ne tarde pas à prendre ses distances avec les pires excès du régime Duplessis.

Camillien Houde, son épouse, et Maurice Duplessis au marché Saint-Jacques, à Montréal, en 1948.

Camillien Houde, son épouse, et Maurice Duplessis (au centre), au marché Saint-Jacques, à Montréal, en 1948.

En 100 jours, Sauvé met en branle plusieurs réformes, dont des lois favorables aux travailleurs, une augmentation salariale substantielle, une amélioration des conditions de travail des fonctionnaires de l’État, des mesures pour faire progresser le secteur de l’éducation (augmentation des subventions aux collèges classiques et dépôt d’une loi pour que le salaire des enseignants soit haussé), ainsi qu’une augmentation du salaire minimum.

Le décès du jeune chef de l’Union nationale, le 2 janvier 1960, à l’âge de 52 ans, fait cependant en sorte qu’il incombera à d’autres de parachever le travail entamé par son gouvernement.

La révolution est lancée

Mais le nouveau chef de l’Union nationale, Antonio Barrette, ne fait pas le poids face au jeune leader télégénique du Parti libéral du Québec, Jean Lesage. Son équipe du tonnerre, composée de têtes fortes telles que George-Émile Lapalme, Paul-Gérin Lajoie et René  Lévesque, remporte de façon décisive l’élection du 22 juin 1960. La Révolution tranquille est lancée.

Jean Lesage. Photo utilisée notamment dans les affiches électorales pour l'élection générale de 1966. Crédits: Gabriel Desmarais, via Wikimedia Commons

Jean Lesage. Photo utilisée notamment dans les affiches électorales pour l’élection générale de 1966. Crédits: Gabriel Desmarais, via Wikimedia Commons

Au courant des prochaines années, un vent de réformes souffle sur l’État québécois. La nationalisation d’Hydro-Québec est complétée (1962-1963), le Ministère de l’Éducation est créé (1964), la Régie des rentes du Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec (1965) sont mises sur pied. Avec la doctrine Gérin-Lajoie (1965), le Québec commence aussi à prendre plus de place sur la scène internationale dans des champs de compétence qui lui sont propres, comme la culture.

Le gouvernement de l’Union nationale de Daniel Johnson (père), élu en 1966, poursuit sur la lancée de ses prédécesseurs. Les premiers Collèges d’enseignement général et professionnel (Cégeps) sont créés (1967). La même année, l’Expo 67 est inauguré.

Aucun doute possible, le Québec est maintenant résolument tourné vers le monde… et l’avenir.

Écrit par Enrique Colindres.

Photo couverture : L’Expo 67 – Laurent Bélanger


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