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Le carnaval à la Nouvelle Orléans : un bal costumé...

Le carnaval à la Nouvelle Orléans : un bal costumé urbain

Chaque année, La Nouvelle-Orléans abrite l’une des plus grandes festivités d’Amérique du Nord. Le jour de Mardi Gras du 28 février dernier, les rues s’y transforment en gigantesque arène, où fanfares, décorations colorées et déguisements excentriques s’y entremêlent.

Contrairement à certaines idées préconçues, il n’est pas impossible de se sentir dépaysé aux États-Unis. Pendant près d’un mois, des Américain(e)s de partout, jeunes et plus âgés, ainsi qu’un grand nombre de touristes du monde entier, se prêtent à un jeu unique dans les rues de la ville louisianaise.

 

 

À première vue, les parures colorées en plastique des uns et des autres sont quelque peu déconcertantes, à se demander si ce sont des colliers de bienvenue locaux ou si leur sens de la tendance est bien distinct du nôtre. Très vite, cependant, en atteignant l’une des artères centrales du quartier français, Canal Street, la première rencontre avec les parades donne un sens à ces colliers.

 

 

Dans cette grande rue, des milliers de personnes admirent chars et fanfares, défilés pendant des heures. Mais surtout, tout le monde s’adonne à ce jeu, stupide certes, mais auquel chacun et chacune participe avec grand amusement. Les bras en l’air, le but est simple : attraper les colliers et breloques, pour accumuler le plus gros trésor. Du haut de leur char, les festivaliers les jettent de façon à ce qu’en bas, l’assistance les attrape au vol.

 

 

Si les parades constituent une grosse partie du carnaval, le quartier français entier est préparé pour ce grand évènement. Les ravissants balcons d’influence espagnole sont décorés et les gens déguisés, pour le plus grand bonheur des petits et des grands. Mais ce n’est pas tout. Bières et cocktails en tout genre accompagnent aussi les festivités dès le matin, et à notre plus grand étonnement, même dans la rue. Les gens ivres croisent les agents de police, en toute impunité, alors même qu’ils sont très nombreux dans la ville.

 

Mais la nuit, le carnaval continue – et pas qu’un peu. Tout le long de la fameuse rue Bourbon, principale artère de célébration nocturne, les gens marchent et réclament les colliers qui sont lancés des balcons. Au plus grand bonheur de certains, la condition pour les obtenir pour les femmes est très souvent de soulever leur t-shirt pour montrer leurs attributs. Et bien que la pudeur ne soit pas toujours de mise pendant cette période, autant du point de vue des costumes que de l’attitude désinhibée des fêtards, toutes ne s’exécutent pas. Ce qui est assez surprenant néanmoins, c’est que malgré le taux d’alcoolémie de certains fêtards, aucune violence ou altercation n’a gâché la soirée, même aux heures les plus tardives. Un accident de camion conduit par un homme saoul a cependant fait plusieurs blessés et interrompu la fête quelques minutes. Il demeure que le reste du temps les festivités n’ont pas créé de désordre.

 

 

Ces festivités durent plusieurs jours, mais celui de Mardi- gras, le 28 février dernier, le carnaval a atteint son apogée. La ville entière était mobilisée et regorgeait des costumes des plus fleuris, aux plus incongrus. Il n’est pas rare de voir des femmes se balader les seins nus, ou les hommes vêtus de robes lamées. Marquises, princesses, pères Noël et même un drapeau canadien se sont croisés dans les rues rendues piétonnes pour l’occasion.

 

 

Pour mieux comprendre l’existence du carnaval, et la forme qu’on lui connaît, il convient de revenir sur son histoire. La culture louisianaise est un doux mélange de nombreuses cultures. L’État est passé entre les mains des Anglais, des Français et des Espagnols. D’autre part, les Européens ont fait venir un grand nombre d’esclaves d’Afrique de l’Ouest principalement. C’est pourquoi de nombreux Canadiens francophones s’y sont installés à la fin du 17e siècle.  Ainsi, les noms de certaines rues sont en français, Mardi gras est célébré chaque année, et certains Louisianais continuent de parler un français au fort accent acadien. Ce brassage culturel tout à fait charmant a permis à la ville d’accumuler une culture musicale rare et une architecture superbe.

Dans les faits pourtant, les gens ne semblent pas se mélanger aussi bien que ces influences culturelles. Les parades reflètent malheureusement le passé douloureux de la Louisiane. Celle-ci a en effet été l’un des états américains à faire cessation en 1861 s’opposant catégoriquement l’abolition de l’esclavage.  De fait, cet état du sud des États-Unis était un gros producteur de canne à sucre, et les champs étaient exploités à part entière par des personnes originaires d’Afrique de l’Ouest pour la plupart. Il faudra attendre 1865 pour que l’esclavage soit totalement aboli. Plus d’un siècle a passé, cependant, en observant les écoles défilées, on remarque très vite que certaines écoles abritent presque uniquement des enfants noirs, tandis que les autres sont composées quasiment essentiellement de blancs.


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