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MUTEK 2016 : au coeur de la nouveauté

MUTEK 2016 : au coeur de la nouveauté

Résolument inscrit à l’avant-garde de la musique électronique et des arts visuels, la 17e édition montréalaise du Festival MUTEK, qui se déroulait du 1er au 5 juin, a habilement rempli son ambitieux mandat. Le festival s’est une fois de plus posé en plateforme d’initiation et de convergence entre le public et les artistes.

Alors que les passionnés de musique électronique ont pu y trouver leur compte, les néophytes ont pour leur part pu découvrir une programmation éclectique de DJ sets et de performances audiovisuelles live. Une chose est certaine, MUTEK 2016 a renforcé de plus belle le rayonnement de Montréal à l’international.

Né en 2000, MUTEK a été conçu comme qu’évènement complémentaire du Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias de Montréal (FCMM). Soigneusement sélectionnées, les premières cuvées d’artistes et de professionnels invités ont d’emblée marqué la vocation locale et internationale de MUTEK par une série de premières canadiennes.

Les frères Nathan et Mathew Jonson du duo canadien Midnight Operator lors de la NOCTURNE 1, dans la Salle BWR du MAC. (Photo : Caroline Hayeur)

Les frères Nathan et Mathew Jonson du duo canadien Midnight Operator lors de la NOCTURNE 1, dans la Salle BWR du MAC. (Photo : Caroline Hayeur)

À l’époque, l’objectif du directeur des contenus nouveaux médias, toujours à la barre de l’organisation aujourd’hui, était d’assurer la tenue d’un festival spécifiquement voué à la musique électronique et aux pratiques artistiques sous-jacentes. Au vu de l’ampleur grandissante de MUTEK et de la panoplie d’activités présentées au fil des années, la mission est remplie avec brio.

Des prestations retentissantes, des lieux emblématiques

Depuis l’immaculé Musée d’art contemporain (MAC) qui fait office de quartier général, le line-up dense s’est également réparti à travers le Parterre du Quartier des Spectacles, le Métropolis, le Centre Phi et quelques autres salles montréalaises.

Le bal des NOCTURNE MUTEK s’est ouvert au MAC dans un vrombissement de bon augure, avec les têtes d’affiche Siete Catorce, AtomTM, Aïsha Devi et le duo Lee Gamble & Dave Gaskarth.

Le montréalais Guillaume Coutu-Dumont et l’argentin Ernesto Ferreyra du duo Chic Miniature pour NOCTURNE 5, dans la Salle Principale du MAC. (Photo : Trung Dung Nguyen)

Le montréalais Guillaume Coutu-Dumont et l’argentin Ernesto Ferreyra du duo Chic Miniature pour NOCTURNE 5, dans la Salle Principale du MAC.
(Photo : Trung Dung Nguyen)

Les soirs suivants se sont écoulés au rythme d’une multitude de performances : une production trance de l’Italien Lorenzo Senni, une trame ambiante et à la fois perçante du résident montréalais Tim Hecker et un live set aux inspirations house et jazz du néerlandais Frits Wentink.

Une prestation particulièrement marquante a été celle du vancouvérois d’origine et montréalais d’adoption Project Pablo. Mieux connu pour ses compositions house harmonisant des mélodies aériennes avec des lignes de basses dodelinantes, ce dernier a assemblé un live, d’abord délicat et fluide, ensuite franchement tonifiant. Rares sont les créations qui osent relâcher le tempo conducteur, de peur de casser l’ambiance. Pourtant Project Pablo s’y est risqué en milieu de performance, avant de relancer de plus belle, au grand plaisir du public, pris d’un trémoussement viscéral.

Le DJ set de Frits Wentink pour EXPÉRIENCE 1, au Parterre du Quartier des Spectacles. (Photo : Ashutosh Gupta)

Le DJ set de Frits Wentink pour EXPÉRIENCE 1, au Parterre du Quartier des Spectacles.
(Photo : Ashutosh Gupta)

Pour la série extérieure et gratuite EXPÉRIENCE, l’ambiance conviviale du Parterre du Quartier des Spectacles était à l’image de l’assistance et de la musique : bigarrée et variée. Qu’on y danse sur la net-house du producteur local Riohv ou sur la techno sporadique et expérimentale du DJ Lee Gamble, la série extérieure et gratuite EXPÉRIENCE a su ouvrir à tous le vaste éventail de la programmation MUTEK 2016.

Les soirées du vendredi et du samedi, présentées par la Red Bull Music Academy (RBMA) au Métropolis ont contrasté avec l’échelle réduite du Parterre en étalant des installations sonores et scénographiques épiques. Fidèle à la faction big room de la techno underground, le live set de Function, DJ résident du mythique club berlinois Berghain, a encensé la salle d’un son profond et immersif. Un délice pour une foule savamment attisée par les synthés modulaires d’Orphx et par la musique énigmatique de Dasha Rush. Pendant plus d’une heure, la prestation live de cette artiste russe a bercé la foule dans une transe musicale aux accents oniriques.

Richard Oddie et Christina Sealey, du duo canadien Orphx, au Métropolis . (Photo : Vivien Gaumand)

Richard Oddie et Christina Sealey, du duo canadien Orphx, au Métropolis . (Photo : Vivien Gaumand)

Néanmoins, en dépit de la qualité généralement relevée des performances, certaines d’entre elles, trop planantes ou simplement ennuyeuses, ne sont pas parvenues à électriser l’atmosphère.

Alors que certains considèrent ce festival comme un évènement de niche destiné à un groupe sélect d’amateurs, la myriade d’évènements grand public, tels que les expositions de réalité visuelle et les conférences du Centre Phi, donnent à MUTEK une dimension universelle.

Déterminée à aller au-delà de la techno style club, l’équipe de MUTEK donne au festival ce qui fait toute sa force: méticulosité, recherche, mais surtout ouverture.

Photo de couverture : L’artiste roumain Barac au Métropolis 2. (Photo : Trung Dung Nguyen)

 


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