Voyage autour de la Misanthropie

Retour sur Exil(s), la dernière création de Franc-Jeu en collaboration avec Fonzie MTL, présentée du 22 novembre au 1er décembre au bar Fonzie MTL.

Franc-Jeu se relance dans la dénonciation d’une société vicieuse, mais cette fois-ci avec une pièce plus en marge, à la fois construite et en déconstruction, témoin de ce à quoi chaque être humain inspire : la quête de soi. Inspirée du Misanthrope de Molière, Exil(s) remet en scène le même personnage, Alceste, cependant sous un angle plus contemporain. Il s’agit également d’une adaptation de Looking for Alceste de Nicolas Bonneau, présentée au Festival OFF à Avignon en juillet 2016. Les personnages mis en scène dans chacune des deux parties sont clichés, chacun montrant sa personne au détriment d’autrui. Ils se donnent à voir, se pensant plus important que les autres, et tentent de passer pour vertueux.

Alceste
Celui qui se considère comme marginal. Comment vit-il ses relations? Plutôt devrait-on parler d’interactions, car il n’en est ni plus ni moins dans cette pièce. Les personnages sont faux, il n’y a plus aucune affinité : on ne parle aux autres que pour se montrer. Et il n’y a pas d’exception, même Alceste en est victime, car « À quoi ça sert d’être misanthrope si personne n’est au courant ? ». Faut-il que les autres accordent de l’importance à ce que l’on est pour se sentir exister ? Il semblerait que l’on soit rendu aussi bas : « Le récit de la catastrophe des autres, ça les fait sentir plus important ». Autrui est réduit à un simple spectateur car chacun donne son propre spectacle. À travers sa quête de misanthropie, Alceste représente une facette de chaque individu, notamment dans sa relation à l’autre. C’est un personnage intemporel, car l’on s’identifie autant à l’Alceste de Molière qu’à celui de Franc-Jeu. La troupe souhaite ainsi provoquer un déclic chez son spectateur, une prise de conscience de ses propres défauts.

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La Misanthropie
Ensuite, une nouvelle troupe, on recommence. Sauf que cette fois-ci, le spectateur se retrouve dans une ambiance café-théâtre plus divertissante et absurde que le voyage d’Alceste. L’idée était de dériver des enjeux amenés par le premier acte, pour reprendre les mêmes thèmes sur une veine plus humoristique, pour prendre du recul. Ici encore, les grandes questions : qu’est devenu notre monde ? Qu’avons-nous fait à l’humanité ? La mise en scène de divers scénarios absurdes, mais pas si impossible que ça, permet au spectateur d’ouvrir les yeux : l’homme est devenu expert en banalité, n’exprime plus sa réelle pensée (qui soit dit en passant déshumanise son entourage). Faire ressortir l’hypocrisie dans cette société, et si elle était là, la misanthropie ? Cet acte présentait une diversité de personnages qui se retrouvaient tous dans leur excentricité. Ils sont tous dans l’exagération, atypiques. Tels quels, par leur volonté de paraître. C’est là que la distance devient nécessaire.

L’Exil.
Les faits sont posés, tous les éléments sont présents pour laisser place au grand voyage. Par où commencer ? Alceste va tenter de trouver ce qui lui manque en allant vers les autres. Mais quelle est la meilleure approche pour ce faire ? Parti dans l’idée de rencontrer d’autres misanthropes, il finit par douter de sa propre condition. Cela montre qu’il n’y a pas de misanthrope à proprement parler, mais que chaque personne a sa propre part de misanthropie qu’il se doit de découvrir. Dans le fond, nous sommes tous les mêmes, et c’est pour cela que « en dépit de ce que l’on est, [les autres] se font aimer ».
Vient ensuite l’exil du spectateur, plus explicite dans le deuxième acte. Tout d’abord, un message de Dieu, disant au spectateur de croire en lui-même. Cependant la suite de cet acte nous livre le véritable message. Il faut certes croire en soi-même, mais ne pas oublier de considérer les autres dans nos actes. Nos interactions nous définissent, autrui peut nous être bénéfique, il n’est pas à négliger.

Au final, Exil(s) livre à son spectateur la vision de Franc-Jeu de la misanthropie. Une vision jeune, moderne, ne s’adressant pas particulièrement aux grands amateurs de Molière, mais à ceux qui découvrent le théâtre, pour leur montrer que c’est un art qui est accessible, et de cette manière lui apporter un souffle de fraîcheur, en lâchant sur scène des mots venant du fond du coeur. Il ne faut pas oublier que nous sommes avant tout humains.


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